Souvenirs de campagnes du sergent Faucheur

arnaud pattin

Edmond Faucheur Narcisse Faucheur, Jacques Jourquin | 1 janvier 2005

C’est en 1874, à l’âge de 80 ans, que Narcisse Faucheur reçoit enfin la Légion d’honneur des propres mains du président de la République, Mac Mahon, à la fois pour ses services militaires mais aussi civils. Bien qu’admis à Polytechnique, il s’engage à 18 ans, en 1812 comme simple soldat, afin d’obtenir l’épaulette d’officier. Sa famille ne peut payer ses études. Très vite, ses supérieurs remarquent ses qualités intellectuelles et il devient très vite fourrier de sa compagnie de grenadiers. Ses camarades, dont plusieurs avaient servi en Espagne, jalousent ce « muchacho » ambitieux et compétent. Avec habileté, il réussit à s’imposer aux yeux de ses camarades qui le prenaient de haut. Au  combat, ce « Marie-Louise » se révèlera un très bon soldat lors des difficiles campagnes d’Allemagne. Il devient sergent mais n’ira pas plus loin car la première abdication de Napoléon ruine ses ambitions militaires en 1814.Il se reconvertira dans le commerce puis réussira une brillante carrière de chef d’entreprise. Quarante ans après, en 1854 il revisitera les champs de bataille de sa jeunesse, avant d’être enfin décoré en 1874!

Document exceptionnel, pour lequel tout est bien rapporté dans la « présentation éditeur ci-dessus ». Je suis surpris que ce livre ne soit pas plus connu, il est du niveau des « Carnets de Louis Barthas » du point de vue témoignage « live » d’un conflit. Cet ouvrage relate les souvenirs de Narcisse Faucheur, auvergnat reçu à Polytechnique, incapable payer ses études et s’engage comme magasinier dans l’armée impériale en mars 1812 ; il est chargé du couchage, des approvisionnements en vivres et vêtements, des soldats de la Grande Armée. Ce document qui se lit comme un roman est passionnant : narration du voyage à pied (!!) de Clermont-Ferrand jusqu’à Napoléon-Vendée, ou il rejoint son affectation, arrivée à la caserne, description des uniformes, du bivouac, de l’armement. On vit au quotidien avec la troupe, partageant les angoisses, les désillusions, les espoirs de retour, la tragédie des réfugiés de la retraite de Russie. De plus l’auteur dont le texte intégral est retranscrit (sans notes), expose avec une fiabilité remarquable, les différentes étapes de la campagne napoléonienne à travers l’Europe, la déroute en Espagne, la couteuse et douteuse campagne d’Egypte, les différentes batailles, et leurs stratégies. Ce qui est surprenant, vu le peu de médias disponibles à cette époque, et surtout leur « noyautage impérial ». En outre, l »auteur présente des aspects inhabituels des combats auxquels il a participé (Dresde, Campagne de Prusse, Leipzig ), décrit parfaitement les aléas de ces armées d’occupation, et leurs rapports avec les populations civiles, pas forcément acquises à leurs causes…. Style clair, sain, modeste, dans un français parfait, souvenirs poignants lors du retour sur les lieux de ces batailles en compagnie de sa fille des années plus tard, ce récit est un document d’une valeur sans doute encore sous-estimée. Mais il risque de devenir un document fondamental de cette tragédie humaine.

 

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